Webdesigner/proxénète : un nouveau créneau ?

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par Victor BRITO » 09 mars 2007, 14:32

Qu'il casse les prix en se faisant payer en liquide (donc une activité assimilable à du travail au noir), sans doute la condamnation peut-elle se justifier.

Mais, ce qui me chagrine, c'est que l'article cite une revue d'annonces où pullulent les escort-girls et autres catins de luxe. Or, l'éditeur de cette même revue propose la création et l'hébergement de sites Web aux annonceuses afin qu'elles montrent leurs charmes en photos et indiquent le prix du plaisir avec elles. Se hasardera-t-on à condamner l'éditeur de ce service pour proxénétisme? :roll:

Webdesigner/proxénète : un nouveau créneau ?

par albat » 09 mars 2007, 10:54

Lu dans Libé, édition du 9 mars 2007
Un informaticien est condamné pour avoir créé des sites destinés à la prostitution.

Monsieur C, administrateur de réseau proxo
Par Christophe BOLTANSKI


Il s'exprime d'une voix douce, presque inaudible,
et ne quitte pas son long manteau et son écharpe blanche.
Cet informaticien de 27 ans aux lunettes cerclées, qui comparaît
devant le tribunal correctionnel de Bobigny, n'a rien d'un souteneur.
Le procureur, Agnès Thibault, en convient : « Personne dans cette salle
ne va considérer M. C. comme Le proxénète de la Seine-Saint-Denis.
Evidemment non ! »

Mais le prévenu, rappelle-t-elle dans son réquisitoire,
a créé quatorze sites sur Internet pour permettre
à treize jeunes prostituées « d'avoir plus de clients ».
De ce fait, « qu'il le veuille ou non, il est bien un proxénète ».

Titulaire d'un DUT, il travaille comme administrateur de réseaux
pour un prestataire d'IBM lorsqu'il rencontre Pascaline,
une ravissante noire de 19 ans, au cours d'une soirée, en novembre 2004.
Il en tombe amoureux et découvre assez vite
qu'elle exerce la profession d'escort girl sous le nom de Ginger.
Pour attirer le client, elle ne dispose que d'un « modeste texte » posté sur Missive,
« le plus gros site d'annonces pour escort de France ».

En février 2005, à sa demande, C. lui construit son propre site gratuitement.
Cela lui prend à peine une nuit.
« J'avais créé le site Web de mon école », explique-t-il.

Sur ***********.com (*), Pascaline pose avec ses sous-vêtements,
précise ses talents et ses tarifs (entre 250 et 1 000 euros).
Ravie du résultat, elle lui demande de faire la même chose
pour ses nombreuses amies, Pénélope, Samantha, Jennifer, Tania, Noémie...
Il accepte cette fois d'être rémunéré.
Alors qu'un webmaster perçoit de 2 000 à 3 000 euros,
il touche d'abord 600 euros, puis 1 000, et enfin 1 200 euros.
Toujours en espèce.
« C'était un forfait qui comprenait les photos, la bannière, le référencement » .
Au total, il va gagner près de 9 000 euros.

Il continue son activité même après sa rupture avec Pascaline
en novembre 2005, puis s'arrête brutalement dix mois plus tard.
« Je me suis dit que c'était pas mon truc ».
Et d'ajouter : « Je n'ai jamais voulu en faire une industrie. »

Mais ses sites ont déjà été détectés par les ordinateurs
de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.
Arrêtée par la brigade de répression du proxénétisme,
placée en garde à vue, Pascaline livre le nom de son ancien petit ami.
Ce dernier se rend à la police dès qu'il apprend qu'il est recherché.

C. risque jusqu'à sept ans de prison et 150 000 euros d'amende
à cause de ses nombreuses créations virtuelles :
**********.com, ***********.com ou encore ***********.com... (*)
« L'incrimination est particulièrement large » , reconnaît le procureur.
La loi punit le simple fait d'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui.
« Il n'y avait pas d'ambiguïté pour vous sur l'objet de tous ces sites.
Vous saviez à quoi ça servait » , lance au prévenu
le président du tribunal, Jean-Dominique Launey.

« Le plus grand tort de C. est d'avoir préféré une danseuse exotique
à une académicienne des sciences morales » , s'écrie son avocat, Nicolay Fakiroff.
« Il s'est retrouvé embringué malgré lui, à cause de ses relations ».
La cyberprostitution est la conséquence, affirme-t-il,
des raids policiers accrus sur la voie publique.
« Un ministre a remis au goût du jour la prévention du racolage passif ».
Depuis, « ces jeunes femmes sont donc contraintes
à de nouveaux modes de communication : l'e-commerce ».
Mais si Pascaline avait créé elle-même sa vitrine sur la toile, elle n'aurait pas été poursuivie.
D'ailleurs, son site *********.com existe toujours. (*)
Le droit pénal ne punit pas la prostitution, mais son exposition et le proxénétisme, rappelle-t-il.
Autre paradoxe : certaines des clientes de C. ont diffusé
des messages presque identiques dans des journaux parfaitement légaux.
Et l'avocat de brandir l'un de ces « revues très colorées », la Vie parisienne,
un magazine d'annonces sans équivoque facturées « 360 euros ».
Entre « ce qui est reproché » au jeune informaticien et ces encarts,
« il n'y a, selon Me Fakiroff, que le support qui change » :
« Il faudrait que les cybergendarmes de temps en temps quittent leurs écrans
et achètent ce type de publication. »

Verdict : quatre mois de prison avec sursis.
C. a obtenu que sa condamnation ne soit pas inscrite à son casier.
Alors qu'un webmaster perçoit de 2 000 à 3 000 euros,
il touche d'abord 600 euros, puis 1 000, et enfin 1 200 euros.
Normal qu'il soit condamné, il casse les prix ! :evil:


________________________
(*) J'ai masqué les noms de ces sites.
Pas envie de tomber sur un avocat crétin qui m'accuserait
de promotion de la prostitution et de proxénétisme...