Washington aimerait échapper au débat sur l'ICANN au SMSI
WASHINGTON/BRUXELLES (Reuters) - Washington doit s'attendre à une confrontation avec de nombreux pays
quant à son influence sur internet et sur l'organe chargé de sa gouvernance, l'ICANN,
lors du sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui s'ouvre mercredi en Tunisie.
À l'instar de nombreux pays, la Commission européenne s'est élevée contre ce qu'elle considère
comme une mainmise sur le système qui régit le trafic du réseau mondial d'ordinateurs
et a appelé à un gouvernement du web plus ouvert, plus international.
Les Etats-Unis estiment pour leur part qu'une telle réforme de l'ICANN
freinerait le rythme des innovations du réseau, opposant les entreprises à une bureaucratie pesante
à l'heure d'introduire de nouveaux services, comme la téléphonie via internet.
"Ce serait comme avoir plus de cent conducteurs pour un seul bus.
À l'heure actuelle nous avons un seul conducteur et jusqu'ici, il a fait du bon boulot",
a déclaré le vice-secrétaire au Commerce Michael Gallagher.
Les entreprises et la communauté technique qui aident internet à fonctionner
sont en grande partie d'accord avec Gallagher, mais ils ne seront que spectateurs des débats
qui se tiendront à Tunis du 16 au 18 novembre
et les Etats-Unis n'auront que peu d'alliés parmi les gouvernements représentés au SMSI.
Des pays comme la Chine, le Brésil et l'Iran n'apprécient pas les relations
qui lient Washington à l'ICANN depuis sa création en 1998.
"Matériellement, il n'y a rien de mauvais dans la structure actuelle.
Mais formellement, c'est surprenant que quelque chose ayant un tel impact au niveau mondial
ne soit contrôlé que par une nation, et l'opposition s'aiguise face à la pensée unilatérale américaine",
a déclaré le ministre de l'Economie néerlandais Laurens Jan Brinkhorst.
Un rapport de l'ONU plaide pour une approche multinationale,
présentée comme plus démocratique et plus transparente pour la gestion du réseau mondial.
La Commission européenne a dit vendredi son opposition à la supervision qu'exercent les Etats-Unis sur internet,
mais n'a pas avancé de schéma de gouvernance alternatif.
La délégation américaine a déclaré que cette question détournait l'attention du débat prévu à l'origine lors du sommet de Tunis,
à savoir ouvrir l'accès à des moyens de télécommunication évolués aux pays en développement.
"Pour autant que je sache, ces discussions sur la gouvernance d'internet
n'apporteront aucun ordinateur, aucun téléphone portable ni quoi que ce soit d'autre
à ceux qui n'en ont pas en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud ou ailleurs", a dit l'ambassadeur David Gross.
LE POUVOIR DE TOUT DÉBRANCHER
L'ICANN gère l'attribution des 259 suffixes d'adresses internet, tels que ".com", ".fr", ".biz", ".tv" ou ".eu"
et autorise les modifications apportées au registre de ces suffixes appelé communément "root zone file",
qui permet la correspondance entre les noms de domaines et les adresses numériques.
Les points de désaccord tournent autour de cette liste
stockée dans des milliers de serveurs de noms de domaines autour du globe
après que le département américain du Commerce a déclaré en juillet dernier
qu'il comptait
"conserver son rôle historique quant à l'autorisation des changements et modifications du root zone file".
La liste évolue quand l'ICANN autorise l'exploitation d'un nouveau nom de domaine ou en délègue un.
L'organe de gouvernance, à but non-lucratif, ne peut cependant pas effectuer de changement
sans l'approbation du Département américain au Commerce.
La Commission européenne crie à la faute, accusant Washington de changer les règles du jeu
et de chercher à obtenir un contrôle permanent sur le web.
Bruxelles souhaiterait que le département du Commerce n'intervienne plus en fin de processus décisionnel.
La délégation espère obtenir un accord dans ce sens à Tunis,
mais les Etats-Unis ont annoncé qu'ils rejetteraient toute proposition de changement.
Quelques pays craignent que Washington puisse "débrancher" un pays
du réseau mondial en redirigeant les adresses liées à son suffixe.
Les experts d'internet disent qu'il serait difficile de "tirer la prise"
parce qu'il faudrait pour cela que des milliers d'administrateurs de réseaux du monde entier coopèrent.
Gallagher dit quant à lui que les Etats-Unis se sont gardés de faire de la politique
vis-à-vis des activités de l'ICANN depuis sa création en 1998.
Mais en août dernier, le gendarme du Net a repoussé la réflexion autour d'un suffixe en ".xxx"
pour les sites internet consacrés au sexe, à la suite de pression des groupes conservateurs américains
pour que le département du Commerce bloque son adoption.
"Rien de tout cela ne serait arrivé si le gouvernement américain n'avait pas envoyés cette lettre",
estime Milton Müller, enseignant à l'université de Syracuse
et représentant du groupe des utilisateurs à but non lucratif auprès de l'ICANN.
Les entrepreneurs et les experts techniques ont déclaré
que Washington aurait mieux fait de faire connaître ses réticences
par le biais du gouvernement de l'ICANN plutôt que de prendre ainsi position.
Ce à quoi Gallagher rétorque qu'il n'a fait qu'envoyer une lettre
pour exprimer des préoccupations de la manière la plus transparente possible.
"(Quand) d'autres pays l'ont fait, personne n'a crié à la faute.
Mais certaines raisons font que quand ce sont les Etats-Unis qui le font, c'est une faute."
Bien que Washington ait prévu de ne rien céder sur la question des noms de domaine,
le sommet pourrait aboutir à d'autres changements pour le réseau.
Les Etats-unis ont fait part de leur désir d'accorder aux pays un contrôle plus direct de leurs suffixes
et l'ICANN étudie les possibilités d'améliorer les relations avec son comité de gouvernements.
Les participants au sommet de Tunis pourraient également mettre en place un forum de discussion
relatif aux problèmes de spam et de cybercrime transfrontaliers.
"Je crois que les Etats-Unis réalisent d'une certaine manière
qu'il y a des guerres dont ils n'ont pas besoin", a déclaré Müller.
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ICANN : Internet Corporation for Assigned Names and Numbers
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WASHINGTON/BRUXELLES (Reuters) - Washington doit s'attendre à une confrontation avec de nombreux pays
quant à son influence sur internet et sur l'organe chargé de sa gouvernance, l'ICANN,
lors du sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui s'ouvre mercredi en Tunisie.
À l'instar de nombreux pays, la Commission européenne s'est élevée contre ce qu'elle considère
comme une mainmise sur le système qui régit le trafic du réseau mondial d'ordinateurs
et a appelé à un gouvernement du web plus ouvert, plus international.
Les Etats-Unis estiment pour leur part qu'une telle réforme de l'ICANN
freinerait le rythme des innovations du réseau, opposant les entreprises à une bureaucratie pesante
à l'heure d'introduire de nouveaux services, comme la téléphonie via internet.
[i]"Ce serait comme avoir plus de cent conducteurs pour un seul bus.
À l'heure actuelle nous avons un seul conducteur et jusqu'ici, il a fait du bon boulot"[/i],
a déclaré le vice-secrétaire au Commerce Michael Gallagher.
Les entreprises et la communauté technique qui aident internet à fonctionner
sont en grande partie d'accord avec Gallagher, mais ils ne seront que spectateurs des débats
qui se tiendront à Tunis du 16 au 18 novembre
et les Etats-Unis n'auront que peu d'alliés parmi les gouvernements représentés au SMSI.
Des pays comme la Chine, le Brésil et l'Iran n'apprécient pas les relations
qui lient Washington à l'ICANN depuis sa création en 1998.
[i]"Matériellement, il n'y a rien de mauvais dans la structure actuelle.
Mais formellement, c'est surprenant que quelque chose ayant un tel impact au niveau mondial
ne soit contrôlé que par une nation, et l'opposition s'aiguise face à la pensée unilatérale américaine"[/i],
a déclaré le ministre de l'Economie néerlandais Laurens Jan Brinkhorst.
Un rapport de l'ONU plaide pour une approche multinationale,
présentée comme plus démocratique et plus transparente pour la gestion du réseau mondial.
La Commission européenne a dit vendredi son opposition à la supervision qu'exercent les Etats-Unis sur internet,
mais n'a pas avancé de schéma de gouvernance alternatif.
La délégation américaine a déclaré que cette question détournait l'attention du débat prévu à l'origine lors du sommet de Tunis,
à savoir ouvrir l'accès à des moyens de télécommunication évolués aux pays en développement.
[i]"Pour autant que je sache, ces discussions sur la gouvernance d'internet
n'apporteront aucun ordinateur, aucun téléphone portable ni quoi que ce soit d'autre
à ceux qui n'en ont pas en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud ou ailleurs"[/i], a dit l'ambassadeur David Gross.
LE POUVOIR DE TOUT DÉBRANCHER
L'ICANN gère l'attribution des 259 suffixes d'adresses internet, tels que ".com", ".fr", ".biz", ".tv" ou ".eu"
et autorise les modifications apportées au registre de ces suffixes appelé communément "root zone file",
qui permet la correspondance entre les noms de domaines et les adresses numériques.
Les points de désaccord tournent autour de cette liste
stockée dans des milliers de serveurs de noms de domaines autour du globe
après que le département américain du Commerce a déclaré en juillet dernier
qu'il comptait [i]"conserver son rôle historique quant à l'autorisation des changements et modifications du root zone file"[/i].
La liste évolue quand l'ICANN autorise l'exploitation d'un nouveau nom de domaine ou en délègue un.
L'organe de gouvernance, à but non-lucratif, ne peut cependant pas effectuer de changement
sans l'approbation du Département américain au Commerce.
La Commission européenne crie à la faute, accusant Washington de changer les règles du jeu
et de chercher à obtenir un contrôle permanent sur le web.
Bruxelles souhaiterait que le département du Commerce n'intervienne plus en fin de processus décisionnel.
La délégation espère obtenir un accord dans ce sens à Tunis,
mais les Etats-Unis ont annoncé qu'ils rejetteraient toute proposition de changement.
Quelques pays craignent que Washington puisse "débrancher" un pays
du réseau mondial en redirigeant les adresses liées à son suffixe.
Les experts d'internet disent qu'il serait difficile de "tirer la prise"
parce qu'il faudrait pour cela que des milliers d'administrateurs de réseaux du monde entier coopèrent.
Gallagher dit quant à lui que les Etats-Unis se sont gardés de faire de la politique
vis-à-vis des activités de l'ICANN depuis sa création en 1998.
Mais en août dernier, le gendarme du Net a repoussé la réflexion autour d'un suffixe en ".xxx"
pour les sites internet consacrés au sexe, à la suite de pression des groupes conservateurs américains
pour que le département du Commerce bloque son adoption.
[i]"Rien de tout cela ne serait arrivé si le gouvernement américain n'avait pas envoyés cette lettre"[/i],
estime Milton Müller, enseignant à l'université de Syracuse
et représentant du groupe des utilisateurs à but non lucratif auprès de l'ICANN.
Les entrepreneurs et les experts techniques ont déclaré
que Washington aurait mieux fait de faire connaître ses réticences
par le biais du gouvernement de l'ICANN plutôt que de prendre ainsi position.
Ce à quoi Gallagher rétorque qu'il n'a fait qu'envoyer une lettre
pour exprimer des préoccupations de la manière la plus transparente possible.
[i]"(Quand) d'autres pays l'ont fait, personne n'a crié à la faute.
Mais certaines raisons font que quand ce sont les Etats-Unis qui le font, c'est une faute."[/i]
Bien que Washington ait prévu de ne rien céder sur la question des noms de domaine,
le sommet pourrait aboutir à d'autres changements pour le réseau.
Les Etats-unis ont fait part de leur désir d'accorder aux pays un contrôle plus direct de leurs suffixes
et l'ICANN étudie les possibilités d'améliorer les relations avec son comité de gouvernements.
Les participants au sommet de Tunis pourraient également mettre en place un forum de discussion
relatif aux problèmes de spam et de cybercrime transfrontaliers.
[i]"Je crois que les Etats-Unis réalisent d'une certaine manière
qu'il y a des guerres dont ils n'ont pas besoin"[/i], a déclaré Müller.
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