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25 nov. 2005, 01:10
Une grève pour défendre le statut des stagiaires
"Un stagiaire en plus, un salarié en moins" : une équation dénoncée par les centaines de manifestants
qui ont bravé le froid, jeudi, pour défendre le statut des quelque 800 000 stagiaires en France.
Parmi eux, Luna, 26 ans.
Après quatre stages, elle est
"à nouveau à la recherche d'un emploi",
malgré un diplôme de Sciences politiques et un masters de management.
Sur les sites de recrutement, on trouve deux offres de stage pour une offre d'emploi, dit-elle.
"Tout le monde est concerné, les parents, les collègues. Cela fait de gros dégâts sur le marché de l'emploi."
Faisant le même constat, le collectif Génération précaire, créé en septembre et à l'origine de la manifestation,
dénonce l'existence d'un
"sous-salariat toujours disponible, sans cesse renouvelé et sans aucun droit".
"Il est aujourd'hui possible et légal d'enchaîner des stages non ou sous-payés
malgré une formation exigeante et bien souvent complétée par plusieurs expériences professionnelles",
déplore le collectif, qui revendique 10 000 signatures de soutien à la pétition qu'il a fait circuler sur internet.
"Il est aujourd'hui fréquent que les stagiaires occupent de véritables postes de travail, sans aucune dimension pédagogique."
Selon la FAGE, qui fédère plusieurs associations étudiantes,
"la réelle problématique que reflète le malaise des stagiaires reste la difficulté des diplômés à accéder à leur premier emploi".
Parallèlement aux manifestations qu'il organisait en divers de points de Paris, et qui ont rassemblé environ 200 personnes,
Génération précaire a été reçu au cabinet du ministre délégué à l'Emploi, Gérard Larcher.
DES ENTREPRISES "STAGIOPHAGES"
Le Conseil économique et social estime à 800.000 le nombre de stagiaires chaque année.
Selon l'APEC (Association pour l'emploi des cadres), 90% des diplômés de niveau bac+4 et plus
ont effectué au moins un stage au cours de leurs études, 50% en ayant effectué trois ou plus.
Le Medef, qui a reçu Génération précaire mercredi, a dit qu'il élaborerait une
"charte de bonne conduite",
pour
"responsabiliser" les différents acteurs impliqués - l'entreprise, le stagiaire et l'établissement d'enseignement.
"Le Medef ne cautionne en aucun cas certains abus qui ont pu être constatés", a-t-il assuré.
Mais pour Sarah, 25 ans,
l'une des 150 personnes venues dénoncer près de la place de la République
les abus dont sont victimes les stagiaires, une charte ne suffirait pas.
Elle a fait cinq stages, pour une durée totale de 20 mois.
"Ce n'est pas contraignant, ce n'est pas comme ça que l'on va résoudre le problème.
Ce qu'il faut, c'est créer un cadre juridique", dit-elle, dénonçant les
"entreprises stagiophages".
"Ce qu'on veut, c'est très classique: avoir un boulot, fonder une famille.
Sans l'insertion professionnelle, on ne peut pas faire de projets d'avenir."
Génération précaire plaide pour l'inscription du statut du stagiaire dans le Code du travail
et l'instauration d'une rémunération minimale, progressive et assujettie aux contributions sociales.